La chasse aux trophées toujours d'actualité en Suisse
Loi d'abattage – Non! – 17 mai 2020
1. août 2020

La chasse aux trophées toujours d’actualité en Suisse

Nouvel élément de la Loi sur la chasse, la chasse aux trophées reste autorisée. Tétras lyres, lagopèdes alpins et bécasse des bois peuvent être abattus. Et aussi les lièvres dans certains cantons. ChasseSuisse & Co encensent tout de même cette loi ratée avec un « plus de sécurité pour les animaux ». Et une agence de voyages de chasse allemande vante la chasse aux trophées de bouquetins en Valais : « Bisher sind noch all unsere Gäste zum Schuss gekommen » (« Jusqu’ici, tous nos clients ont pu tirer leur coup »).

Tétras lyre (Lyrurus tetrix)

Tétras lyre ( photo : Michael Gerber )

  • Selon la « Liste rouge CH » : potentiellement menacé (espèce prioritaire au niveau national)
  • Effectif : 12’000 – 16’000 mâles
  • En vertu de la Loi sur la chasse, seuls les mâles peuvent être chassés. Six cantons autorisent actuellement cette chasse. Il s’agit d’une chasse purement sportive, car une régulation de l’espèce ne se justifie pas.
  • 400-500 tétras lyres sont abattus chaque année, dont 200 dans le canton du Valais.
  • Le Valais vend des permis de chasse à des chasseurs étrangers. Selon les informations fournies par le Conseil d’Etat, la chasse touristique aux tétraonidés (tétras lyre, lagopède alpin) rapporte annuellement env. CHF 75’000 au canton. Ce montant couvre une partie des coûts du service de la chasse et de la pêche.
  • L’Etat valaisan touche en moyenne CHF 242 par tétras lyre abattu.
  • En Valais, la chasse au tétras lyre nécessite le permis B (chasse basse). Coût pour les Valaisans : CHF 660, coût pour les étrangers CHF 2’620.
  • Un chasseur ne peut pas abattre plus de deux coqs par jour, et au maximum six par année (VS).

Lagopède alpin (Lagopus muta)

Lagopède alpin
(photo : Rolf et Sales Nussbaumer)

  • Liste rouge CH : potentiellement menacé (espèce prioritaire au niveau national) ; en forte diminution
  • Effectif : env. 12’000 à 18’000 couples nicheurs
  • Les oiseaux des deux sexes peuvent être chassés. Quatre cantons autorisent cette chasse. Il s’agit d’une chasse purement sportive, car une régulation de l’espèce ne se justifie pas.
  • Quelque 400 lagopèdes sont abattus chaque année, dont 120 dans le canton du Valais.
    Le canton du Valais vend des permis de chasse à des chasseurs étrangers. Selon les dires du Conseil d’Etat, la chasse touristique aux tétraonidés (tétras lyre, lagopède alpin) rapporte annuellement env. CHF 75’000 au canton.
    L’Etat valaisan touche en moyenne CHF 242 par lagopède abattu.
  • Un chasseur ne peut pas abattre plus de deux lagopèdes alpins par jour, et au maximum huit par année (VS).

Bouquetin (Capra ibex)

  • Le bouquetin est protégé sur le territoire helvétique et ne peut en principe pas être chassé. La « régulation » institutionnalisée de l’effectif sous la supervision de la Confédération constitue une exception.
  • Dans ce cadre, les cantons délivrent aux chasseurs des permis de chasse pour le tir d’un bouquetin. Les femelles peuvent aussi être chassées.
  • En Valais, Suisses et étrangers peuvent obtenir un permis journalier pour abattre un bouquetin. Il coûte CHF 10’000 – 20’000 selon la taille des cornes. Les chasseurs de trophées recherchent les animaux pourvus de cornes imposantes, mais ne s’intéressent pas à la viande. Les bouquetins sont parfois appâtés avec des pierres à sel. Dans les autres cantons, ce type de chasse aux trophées n’est pas ouverte aux étrangers.
  • Le canton du Valais encaisse chaque année CHF 650’000. Il collabore avec des agences étrangères proposant des circuits de chasse et amenant parfois leurs clients directement sur les lieux en hélicoptère.
  • Chaque année, 100 vieux mâles sont ainsi abattus. Il faut y ajouter environ 330 mâles et femelles tués par les chasseurs valaisans.
  • Le 6 novembre 2019, le Conseil d’État a annoncé vouloir interdire les safaris impliquant des bouquetins. Pourtant, au moins deux agences étrangères continuent à offrir des chasses aux trophées de bouquetin en 2020. Dont aussi l’agence de voyages de chasse allemande K&K Premium Jagd. Le Conseil d’État n’a toujours pas répondu à la motion 5.0476, déposée au Grand Conseil en novembre 2019, qui demande l’interdiction de la chasse aux trophées.

Pourquoi la chasse aux trophées est-elle problématique ?

La chasse aux tétraonidés et au bouquetin ne se justifie pas du point de vue de la biologie de la faune. Les tétras lyres et les lagopèdes alpins ne causent aucun dommage et ceux-ci sont très minimes dans le cas du bouquetin. Les tétraonidés sont soumis à une pression grandissante due au changement climatique, aux perturbations de plus en plus fréquentes et à la perte de leurs habitats. Chez les bouquetins, la consanguinité au sein des colonies devient problématique. Les trois espèces sont chassées uniquement car elles permettent d’obtenir des trophées (cornes, plumes de parure ornementales, dépouilles empaillées) et parce que cette chasse est considérée comme traditionnelle (surtout la chasse au tétras lyre avec chien d’arrêt). Cela a pour conséquences de déséquilibrer le ratio mâles-femelles (tétras lyre), de perturber le rut et la sélection naturelle (bouquetin) et de réduire à néant les mesures de protection (chez ces animaux, la vie de chaque individu compte pour la perpétuation de l’espèce).  Au Tessin, le Conseil d’État a récemment recommandé aux citoyens d’accepter une initiative cantonale visant à protéger le lagopède alpin.

Non, cette loi ne constitue pas un progrès

ChasseSuisse et l’Union suisse des paysans cherchent à faire croire aux citoyens qu’il s’agit d’une loi « progressiste ». Elle offrirait notamment « davantage de sécurité pour la faune et l’être humain ». Une affirmation à la limite de la provocation, quand on pense à la chasse aux trophées, qui n’est toujours pas interdite.
La révision de la Loi sur la chasse aurait permis de mettre enfin sous protection les espèces en danger dont la chasse est jusqu’ici autorisée. Or, cette opportunité a été gâchée.  Les tétraonidés sont soumis à une pression de plus en plus forte en raison du réchauffement climatique et de la fragmentation de leurs habitats. Les chasseurs, conscients du rôle qu’ils ont à jouer pour la protection de la nature, diront NON le 27 septembre 2020. Le Parlement a renoncé à accorder une protection aux espèces vulnérables, tout en assouplissant les règles en vigueur pour réguler les espèces protégées : on le voit, la nouvelle loi n’est certainement pas un « bon compromis », comme le prétend le Conseil fédéral.

Renseignements

François Turrian, Directeur romand de BirdLife Suisse, 079 318 77 75, francois.turrian@birdlife.ch